J’y peux rien, chaque fois que je passe près de la boutique Stratégie, rue St-Denis à Montréal, ou que je me retrouve devant le présentoir des livres lors d’un tournoi, c’est comme un chant des sirènes : faut que je jette un coup d’œil aux dernières publications. Et bien souvent, je dois me faire violence pour ne pas céder à l’envie d’acheter -encore!- un livre d’échecs. Ou deux. «Voyons, Serge, t’en as déjà plein à lire chez toi!», me dis-je alors, tentant de me raisonner.
Hélas, le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point, et je me prends encore à échanger quelques espèces sonnantes et trébuchantes contre mon nouveau béguin du moment. «Allons, un petit dernier, pis j’arrête!...»
Je voulais justement vous faire partager, sous la forme de mini-critiques, mes dernières découvertes (pas nécessairement fraîchement sorties des presses, vous noterez). Et qui sait, peut-être que ce bref compte-rendu vous donnera envie de partager, vous aussi, vos derniers coups de coeur.

Van Perlo’s Endgame Tactics, 3rd edition (New In Chess, 2008)
Les qualités de cet ouvrage d’excellente facture (je ne parle pas du prix, mais de la qualité de confection) semblent avoir fait l’unanimité auprès des critiques: le bouquin de van Perlo s’est mérité plusieurs prix du livre d’échecs de l’année.
Effectivement, ce livre, dans lequel le lecteur va de surprise en surprise, se lit comme un roman à suspense. Il s’agit d’une collection de positions TACTIQUES de finales, classées par catégories de matériel (une vingtaine de chapîtres), qui ont été jouées, ou sont tirées d’analyses de parties de tournoi. Et comme chez Dvoretsky, le lecteur verra ici que les GMI sont loin d’être ces machines presque infaillibles qu’imagine l’amateur moyen: les gaffes commises par nos héros, grossières ou plus subtiles, abondent. Les commentaires de van Perlo, qui accompagnent ses excellentes analyses, ajoutent du reste une pointe d’humour à un ouvrage déjà fort divertissant. Un livre de finales instructif ET agréable, qui se lit sans échiquier, et que je vous recommande chaleureusement.

Jon Speelman’s Chess Puzzle Book (Gambit, 2008)
Le GMI britannique présente ici une sélection de positions de combinaisons, presque toutes tirées de parties réellement jouées, qui sont groupées par thèmes classiques (fourchettes, clouages etc…) dans les dix premiers chapîtres. Les trois chapîtres finaux, que j’ai personnellement trouvé les plus intéressants, sont constitués de combinaisons à thèmes mélangés, d’abord assez (trop?) simples à résoudre, puis devenant progressivement plus difficiles, pour enfin dépasser les capacités de l’amateur...ou les miennes, en tout cas («rather more challenging examples», comme dit Speelman). Une bonne façon de se «dérouiller» tactiquement avant un tournoi. Il accompagne aussi très bien le café et les timbits.

John Watson, Mastering the Chess Openings, Volume 1 (Gambit, 2006)
J’ai beau être un fan de l’auteur, critique et MI américain, je n’étais à prime abord pas trop enthousiaste de ce premier tome d’une série de quatre. Couvrir en un seul livre les débuts ouverts et semi-ouverts (=commençant par 1 e4), ne pouvait assurément donner qu’une idée générale, et par trop superficielle, des ouvertures. Puis, ressortant tout récemment le livre de ma bibliothèque, je me suis un peu ravisé : Watson donne ici un distillat de plusieurs idées fondamentales -et fascinantes!- dans les ouvertures. Des considérations générales certes, mais d’une grande utilité à l’amateur tel que moi qui n’a pas le sens positionnel sophistiqué des joueurs titrés. Et ceci, dans le style unique de ce brillant auteur. Notez cependant que toutes les ouvertures ne sont pas traitées (vous n’apprendrez pas grand chose sur l’Alekhine, par exemple). En résumé, un exposé qui laissera peut-être le maître sur sa faim (ou le débutant dans le brouillard), mais qui devrait plaire à l’amateur aguerri.

