Dominick Blanchette a écrit :
Ah, ok. Je comprends. Ce que je peux dire là-dessus, c'est qu'effectivement ces personnages ont sombré dans la folie vers la fin de leur vie. Le battage médiatique autour de la mort de Fischer qui sévit présentement remet les échecs sur la sellette et le fait qu'il était un personnage extravagant et "fou" peut donner une mauvaise impression du jeu pour certains. Toi et moi sommes capables de faire la part des choses à ce propos: nous sommes des joueurs d'échecs passionnés et avertis. Mais c'est moins évident pour le commun des mortels qui apprend que les plus grands joueurs ont connu des problèmes mentaux ou ont vécu dans la misère. Attention... ÇA NE VEUT PAS DIRE QUE JE PENSE QUE LES GMS AURONT TOUS DES PROBLÈMES MENTAUX ET QUE JE NE VEUX PAS QUE LE QUÉBEC FORME DE NOUVEAUX GMS! Mais qu'effectivement une bonne proportion des champions ont connu des déboires. Voilà ce que ça voulait dire. Et oui, ça influence mon jugement comme parent et intervenant auprès des jeunes. Mais, ce ne déscrédite pas la fantastique possibilité qu'offre le jeu d'échecs pour permettre aux enfants de se développer. Et ça n'enlève pas le fait que je vais encourager l'excellence pour tout participant qui démontre un intérêt et un talent plus marqués que les autres, en les encourageant à consulter des entrâineurs qualifiés.
Maintenant, ceci étant dit, je ne vois pas ce que tout ça a à voir avec le fait que nous affirmons que nous ne sommes pas là pour former des grand-maîtres.
JPR :
Au lieu de dire que «
les plus grands (…) », il aurait sans doute été plus juste de dire que «
Certains des plus grands (…) ».
Aussi, il faudrait évaluer calmement cette « bonne proportion ». Cette expression est plutôt vague, n’est-ce pas ? S’agit-il de 10 %, 65 %, etc.
Pour ma part, je ne serais pas étonné d’apprendre que les problèmes mentaux sont plus fréquents en pourcentage chez les joueurs d’échecs que dans la population générale. Si cela s’avérait, je serais tout de même certain que le jeu d’échecs n’a intrinsèquement rien à y voir. Mon avis là-dessus n’étant pas plus éclairé que celui de Monsieur Tout-le-Monde, je le donne pour ce qu’il vaut… même s’il ne vaut rien
La pratique SYSTÉMATIQUE de LA COMPÉTITION de haute volée est une sorte d’isoloir. J’imagine que les super grands-maîtres doivent investir énormément d’énergie nerveuses pendant les parties mais aussi dans leur préparation de lignes de jeu. N’oublions pas que de nombreux GMI et MI étudient de 4 à 6 heures par jour, pendant des dizaines d’années. On dit que Portisch étudiait 8 heures par jour. Cela use son homme ! Il ne reste pas beaucoup de temps pour socialiser et s’ouvrir au monde, sortir de sa bulle. Mais, encore là, il me semble que ce ne serait pas le jeu d’échecs en soi qui serait responsable de la dérive chez certains GMI mais plutôt leur pratique épuisante de la compétition sur des décennies.
Par ailleurs, il me semble que si au départ de notre parcourt échiquéen on est prêt à sacrifier sa vie sociale pour s’isoler dans la pratique de la compétition échiquéenne, c’est peut-être qu’on a déjà un problème qui ne pourra que accentuer au fil du temps si on reste dans l’isoloir des tournois. De plus, la dérive se produit aussi dans d’autres sports ou activités (par exemple O. J. Simpson, Michael Jackson, etc., mais AUSSI DANS TOUTES LES CLASSES DE LA SOCIÉTÉ : plombiers, électriciens, informaticiens, journaliers, chômeurs…, etc.).
Pourtant, il y a de très nombreux MI et GMI dont on n’entend jamais parler autrement que par leurs exploits échiquéens parce qu’ils n’ont rien de déviant dans leur vie sociale. C’est que
les gens heureux sont sans histoire. Alors les centaines (milliers ?) de MI et de GMI qui mènent une vie passablement équilibrée ne font pas les manchettes. Mais si quelques MI et GMI ont des problèmes comportementaux, les médias feront leurs choux gras de leurs tristes histoires.
On sait aussi que la pratique du jeu d’échecs (du moins à doses raisonnables) peut aider le développement intellectuel des jeunes (concentration, visualisation, analyse, calcul, évaluation, planification, etc.).
Voilà qui m’amène à la mission de
l’Académie d’échecs.
http://www.academiedechecs.org/
Notre vision, notre mission
L'Académie d'échecs désire contribuer au développement global des jeunes à travers la pratique des échecs et promouvoir la pratique du noble jeu.
C’est parfait ! ! ! à ceci près que je dirais "L'Académie d'échecs contribue (...)", au lieu du libellé réducteur "désire contribuer".
Naturellement, laisser les jeunes jouer n’importe quoi, c’est-à-dire déplacer sans but des pièces sur l’échiquier, sous prétexte qu’ils sont jeunes, ce n’est pas jouer AUX ÉCHECS mais simplement jouer AVEC DES PIÈCES D’ÉCHECS. Mais justement, ce n’est pas ce que fait l’Académie puisqu’elle propose un vrai PROGRAMME D’ENSEIGNEMENT et de participation dans quelques tournois.
Dans la section SERVICE, l’Académie précise ce point :
L'Académie d'échecs offre aux jeunes la possibilité de suivre des cours d'échecs à leur école en suivant un programme adaptée à leur calibre.
Encore parfait... à ceci près que je dirais "L'Académie offre aux jeunes des cours d'échecs (...)", évitant le réducteur "la possibilité de".
L’Académie a aussi de magnifiques fascicules d’enseignement (on en voit des extraits sur son site).
Bref, puisque l’Académie d’échecs dispense aux jeunes un véritable savoir échiquéen, et qu’elle encourage la pratique du jeu, même en tournoi, il est naturel qu’elle ne vise pas à former des GMI. Mais, comme dit Louis Morin (et je cite de mémoire), il serait préférable (pour le marketing) d’insister sur ce que l’Académie fait d’exceptionnel plutôt que sur ce qu’elle ne fait pas (des GMI).
En somme, tout le monde est pour l’Académie. Tous apprécient son travail d’exception et l’encouragent à continuer dans sa voie.
Jean-Pierre Rhéaume
« Ce qui est grave, ce n'est pas que tant de gens croient à l'astrologie, c'est qu'ils jugent de choses sérieuses avec des têtes qui croient à l'astrologie. » Jean Rostand (Inquiétudes d'un biologiste, 1976)